Soutenance de thèse de Tom Bry-Chevalier
Le 25/09/2026
De 16:00 à 19:00
Détails de l'événement :
Titre de la thèse : No Country for Old Meat? Economic and Environmental Stakes of Alternative Proteins
Le jury est composé de :
- M. Philippe Delacote, INRAE, BETA – Co-Directeur de thèse
- M. Romain Espinosa, CNRS, CIRED – Co-Directeur de thèse
- Mme Ellen J. Van Loo, Purdue University – Rapporteure
- Mme Sabrina Teyssier, INRAE, GAEL, Grenoble – Rapporteure
- Mme Carine Barbier, CNRS, CIRED – Examinateur
- M. Jonathan McFadden, USDA – Examinateur
- Mme Douadia Bougherara, INRAE, CEE-M – Examinatrice
- M. Bob Fischer, Texas State University – Examinateur
Résumé : Transformer les systèmes alimentaires compte parmi les grands défis contemporains. L’élevage mobilise 77 % des terres agricoles pour ne fournir que 18 % des calories et 37 % des protéines consommées, et les produits animaux concentrent une large part des impacts environnementaux du secteur. Or les leviers politiques, culturels et comportementaux qui pourraient réduire la consommation de viande se heurtent à de fortes résistances. C’est dans ce contexte que les protéines alternatives sont présentées comme une solution potentielle, portée par des produits censés rivaliser avec la viande sur le goût, le prix et la commodité. Bon nombre des promesses qui les accompagnent restent toutefois mal documentées. Cette thèse interroge la solidité de ces promesses et cherche à établir ce que l’analyse économique révèle de leur contribution effective à la durabilité du système alimentaire. Quatre chapitres y répondent en mobilisant tour à tour la revue systématique, l’économie expérimentale, l’examen critique des données environnementales et la modélisation du bien-être animal. Le premier chapitre repose sur une revue de littérature qui compare la viande végétale, la viande cultivée, les protéines unicellulaires et les insectes selon quatre dimensions : impact environnemental, montée en échelle, adhésion des consommateurs et bien-être animal. Cette synthèse de plus de 200 études place la viande végétale en tête des options les plus prometteuses. Les protéines unicellulaires recèlent un potentiel réel, que tempèrent des incertitudes sur la production à grande échelle. La viande cultivée pourrait compléter ces filières si elle capte un segment de consommateurs distinct, mais des verrous techniques et économiques subsistent. Les insectes, eux, apparaissent comme une solution sous-optimale sur l’ensemble des dimensions. Le deuxième chapitre soumet à un examen critique les données environnementales sur l’élevage d’insectes, tant pour l’alimentation humaine que pour l’alimentation animale. Il souligne que beaucoup d’études reposent sur de petites installations peu représentatives et les données fiables demeurent rares. Les aliments à base d’insectes se substituent avant tout à des produits végétaux à faible impact, et non à de la viande ; en alimentation animale et petfood, faute de véritables déchets comme substrat, leur impact dépasse celui des solutions conventionnelles. Leurs avantages environnementaux supposent plusieurs conditions réunies, mais rarement satisfaites. Le troisième chapitre étudie la substitution entre produits à travers une expérience de choix discrets menée auprès d’environ 1 400 adultes américains. Les produits proposés varient par espèce, bœuf ou poulet, et par mode de production, conventionnel, végétal ou hybride, ce dernier associant une matrice végétale à une fraction de cellules cultivées. Un modèle logit mixte exprimé directement en consentement à payer restitue les préférences individuelles. Couplé à des données d’analyse de cycle de vie, il permet d’estimer l’effet net sur les émissions selon que les hybrides se substituent réellement à la viande ou cannibalisent surtout les alternatives végétales, déjà peu émettrices. Le quatrième chapitre modélise les effets nets sur le bien-être animal d’une substitution partielle de l’élevage par la viande cultivée. Via l’utilisation du cadre AQALY (Animal Quality-Adjusted Life Year), il introduit une « killing penalty », coût déontologique de la mise à mort qui s’ajoute à la privation de bien-être futur. La viande cultivée améliore le bien-être animal dans presque tous les scénarios, sauf un : remplacer surtout du bœuf en élevage peu intensif sans prise en compte de la killing penalty, ces bovins ayant en moyenne une vie longue et positive. D’où une tension entre éthique et environnement : les gains de bien-être culminent lorsque la viande cultivée remplace le poulet élevé en système intensif, les gains environnementaux lorsqu’elle remplace le bœuf.