Séminaire NANCY – Paulo CROSSETTO (GAEL)
Le 22/01/2026
De 11:00 à 12:30
Détails de l'événement :
Titre : Validité convergente et externe des mesures de l’attitude face au risque : le rôle des erreurs de mesure et de l’ignorance des éléments aléatoires
Résumé : Le risque évalué en laboratoire présente une validité convergente et externe très limitée, un phénomène connu sous le nom de « puzzle de l’évaluation du risque ». Une explication possible repose sur l’erreur de mesure : que ce soit en raison de préférences floues, d’incertitudes cognitives ou d’erreurs induites par des contextes nouveaux et parfois complexes, les sujets pourraient fournir des réponses bruitées à nos tâches et questionnaires. Une autre explication potentielle est liée à la perception du risque, car les sujets peuvent avoir une représentation différente de celle des économistes de la notion de « risque ». Les tâches d’évaluation du risque qui les obligent à faire des choix dans un contexte riche en informations et sans surprise, défini par l’expérimentateur, peuvent induire un décalage avec les décisions prises en dehors du laboratoire dans des contextes ambigus ou profondément incertains. Les sujets peuvent trouver que les choix de loterie que nous leur proposons ne sont pas « risqués » au sens où le sont leurs décisions quotidiennes. Dans cette présentation, nous exposons les résultats de deux campagnes expérimentales connexes, l’une axée sur l’erreur de mesure, l’autre sur différents modèles d’incertitude concernant les éléments de loterie (risque, ambiguïté, incertitude profonde).
Dans la première campagne, nous exposons les sujets à quatre méthodes différentes d’évaluation des risques (Holt-Laury, BRET, jeu d’investissement et liste de prix multiples pour l’aversion à la perte) et deux questionnaires courants sur la prise de risque (DOSPERT et SOEP) lors d’une session en laboratoire, puis nous suivons le comportement des sujets pendant 14 jours à l’aide d’une méthode de reconstruction quotidienne (DRM), dans le cadre de laquelle les sujets tiennent un journal personnel de leurs activités et décisions impliquant des risques pendant 14 jours. Dans le cadre de la DRM, les sujets sont invités à signaler chaque jour s’ils ont été confrontés à des situations à risque et, le cas échéant, quelle a été leur décision ; ils sont également invités à évaluer le niveau de risque perçu de la situation et le niveau de risque perçu lié à leur décision. Au cours de ces 14 jours, les sujets répondent aux tâches 7 fois (les jours pairs) et aux questionnaires 7 fois (les jours impairs). Les données riches que nous collectons nous permettent d’évaluer la fiabilité test-retest, la validité convergente et externe pour chaque sujet au fil du temps, et d’agréger les observations afin de vérifier si le lissage des erreurs de mesure peut expliquer une partie du « puzzle de l’élicitation du risque », et dans quelle mesure.
Dans la deuxième campagne, nous recrutons à nouveau les mêmes sujets, pour lesquels nous disposons de nombreuses données sur la prise de risque en laboratoire et dans leur vie quotidienne, et nous leur demandons à plusieurs reprises de choisir entre une option sûre et une option risquée, dont ils ne savent rien au départ. Ils reçoivent ensuite progressivement des informations sur l’option risquée. À chacune des cinq étapes distinctes de l’acquisition d’informations (échantillonnage, communication de l’ensemble des résultats, passage à l’ambiguïté, nouvel échantillonnage, puis communication de l’ensemble des probabilités, passage au risque), les sujets sont invités à déclarer le niveau de risque perçu de l’option risquée et à choisir entre les deux. Nous collectons des données pour les options risquées englobant les pertes, l’asymétrie, un nombre variable de résultats et les différences de variance.
Cette conception nous permet de mettre en correspondance la validité externe (corrélation avec les mesures précédemment recueillies en laboratoire et sur le terrain) avec le degré d’ignorance des éléments de loterie (incertitude profonde, ambiguïté, risque) et le risque perçu qui en découle. Elle nous permet d’identifier quel concept théorique (c’est-à-dire quelle étape du processus d’information) offre une meilleure représentation du processus décisionnel des sujets par rapport aux données sur la prise de risque dans la vie réelle. Elle nous permet également de voir quel élément d’une loterie (variance, asymétrie, nombre de résultats, pertes) entraîne une perception du risque plus élevée, et comment l’ignorance se traduit par des choix plus sûrs.