Séminaire doctorants – Julian Laynat
Le 22/06/2026
De 11:00 à 12:30
Détails de l'événement :
Julian Laynat nous présentera son article intitulé :
Quand les règles du crédit changent : les effets socio-économiques du matching sur le marché du regroupement de crédit en France
Abstract: En France, le regroupement de crédits destiné aux ménages surendettés transite majoritairement par des courtiers spécialisés, formant un marché peu connu tant du grand public que de la recherche académique. Cette organisation intermédiée est étonnante, puisqu’elle génère des frais substantiels tant pour les emprunteurs que pour les prêteurs. Pourtant, en 2022, les encours financés via les courtiers (4,5 milliards d’euros) dépassaient ceux traités par la commission de surendettement de la Banque de France (4,2 milliards d’euros), ce qui en fait un dispositif aussi important que le système public, mais bien moins étudié. Cet article interroge comment ce marché intermédié organise la sélection des ménages en situation de surendettement et qui sont ces ménages. Nous mobilisons un cadre analytique tripartite : la théorie de l’appariement (Simioni et Steiner, 2022), qui permet de rendre compte du rôle d’intermédiation des courtiers entre ménages très endettés et banques spécialisées ; la sociologie des intermédiaires de marché (Bailey, 1997), qui éclaire les logiques organisationnelles propres à ces acteurs et justifie la présence d’un coût important du courtier ; et une approche socio-économique (Lazarus, 2022), qui qualifie les profils des ménages effectivement sélectionnés par cette activité. L’analyse repose sur une enquête ethnographique de trois ans conduite au sein d’une société de courtage, complétée par un corpus quantitatif original de 35 000 dossiers financés entre 2018 et 2024. Ces données sont systématiquement comparées aux profils des ménages suivis par la commission de surendettement de la Banque de France et aux ménages endettés recensés par l’enquête de la Fédération bancaire française. Nos résultats mettent en évidence une segmentation structurelle. Le marché intermédié cible sélectivement les ménages propriétaires dont les revenus se situent au-dessus du troisième décile de la distribution française, tandis que le dispositif public prend en charge des locataires aux revenus inférieurs à ce même seuil. Cette dualité s’explique par une sélection des ménages jugés encore finançables par les acteurs du marché (ceux disposant d’un actif immobilier mobilisable en garantie ou de revenus perçus comme stables) qui laisse au système public les profils considérés comme non rentables. Ces résultats invitent à repenser la régulation de ce marché. En l’absence de supervision spécifique, le dispositif privé de regroupement de crédits opère de facto une fonction quasi-publique de gestion du surendettement, tout en excluant structurellement les ménages les plus vulnérables. Cette dualité soulève des questions normatives sur la répartition des responsabilités entre acteurs privés et institutions publiques dans la prise en charge de la fragilité financière.
Son article sera commenté par Cécile Bourreau-Dubois (PR, BETA, UL) et Marion Tosolini (Doctorante, BETA, UL).