« Passer la frontière pour gagner plus : entre mutisme local, coût de la route et micro-spéculation immobilière »
28 janvier 2026
Agnès Gramain et Florence Weber, « Passer la frontière pour gagner plus : entre mutisme local, coût de la route et micro-spéculation immobilière », L’Homme, Dossier : Ethnographier le pouvoir d’achat, 255-256 | 2025, 135-160.
Résumé : Dans le massif du Haut-Jura, à la frontière franco-suisse, s’est installé à partir des années 2000 un système de « route-frontière », qui transforme l’espace-frontière fait de compétences et d’opportunités partagées en force d’attractivité des entreprises suisses horlogères pour une main-d’œuvre de « frontaliers » formés, résidant et consommant en France. Dans le même temps, la métropole du Grand Genève a fait le choix de domicilier en France les cadres et les employés dont elle a besoin, dans plusieurs communautés d’agglomération s’étendant dans l’Ain et la Haute-Savoie. Qu’est-ce que cette situation a de spécifique par rapport aux zones frontalières à l’intérieur de l’Union européenne ? Que nous apprend-elle sur les ressorts du pouvoir d’achat, au-delà de ses aspects budgétaires ? Pourquoi le terme même de « frontalier », qui suscite des débats et des tensions dans le Haut-Jura, est-il perçu comme discriminant dans le pays de Gex ? Pour répondre à ces questions, les autrices, l’une économiste et l’autre ethnographe, s’intéressent aux voisins sédentaires des frontaliers, qui sont réfractaires à la route-frontière ou qui en sont exclus. Après avoir décrit la dynamique des mobilités transfrontalières à l’échelle européenne et à l’échelle franco-suisse, elles analysent les calculs économiques des habitants, ainsi que la forte dimension morale entourant la décision de traverser la frontière que ce soit pour travailler ou pour consommer. Elles explicitent le fonctionnement des différents marchés qui, en France, subissent le poids de la route-frontière : marché immobilier, marché des biens et services, marché du travail. Enfin, elles ouvrent des pistes de réflexion sur les dynamiques économiques et sociales à l’échelle des territoires et sur la possibilité de leurs retournements.